15.03.2008
Trop Proche-Orient
À cet égard, les manifestations du week-end dernier ont montré à la fois le caractère pacifique de la majorité des sympathisants de l’un ou l’autre camp, et la violence, sinon le fanatisme, de certains groupuscules arabes et juifs.
Notre classe politique a raison de s’émouvoir, mais elle est loin d’être innocente en la matière : La pêche aux voix en terrain confessionnel est un sport national fort ancien.
Depuis des lustres, aucun candidat à la présidence n’a manqué le pèlerinage en Israël ; aucun n’a manqué de se recueillir, kippa sur la tête, au pied du Mur des Lamentations. Aujourd’hui, on commence à faire étape à Alger. En attendant d’honorer Bamako ou Ankara. Et chaque visiteur d’y aller de sa petite phrase attestant son "amitié indéfectible" pour l’État juif.
À la veille des élections européennes de mars 1986, Lionel Jospin, alors secrétaire général du parti socialiste, déclarait froidement, à propos du transfert de la capitale d’Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, une démarche pourtant contraire au Droit International : "En tant qu’individu, en tant qu’amoureux de la beauté et de l’Histoire, je préférerais de beaucoup que la capitale soit à Jérusalem plutôt qu’à Tel-Aviv."
Il est vrai qu’à l’époque le Likoud, au pouvoir en Israël depuis 1977, cherchait à structurer une communauté juive jugée trop assimilée. "Structurer", cela passait par l’affirmation de la "centralité" d’Israël par rapport à la diaspora.
D’où une conjonction entre le souci de la communauté de ménager l’appui de la France à Israël et le besoin de tel ou tel candidat d’un renfort de voix qui a fini par devenir une composante permanente de la vie politique nationale. On mesure l’évolution quand, début 1991, Dominique Strauss-Kahn affirme publiquement : "Je considère que tout juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël."
On conçoit que pareil discours puisse générer un contre-communautarisme, musulman, cette fois, au détriment de la cohésion nationale.
Tentation d’autant plus forte que les grands partis (mis à part le PC, les Verts et... le FN) n’arrivent toujours pas à surmonter leurs blocages culturels pour s’ouvrir aux Français originaires du Maghreb, qui représentent pourtant près de 10% de la population. "Je refuse le communautarisme", vient toutefois de lancer Lionel Jospin. Le Premier ministre candidat ajoute : "Je ne jouerai jamais les passions les unes contre les autres ». Espérons que sa déclaration n’engagera pas que lui seul... Il y va non seulement de la paix intérieure, mais aussi de la position diplomatique de la France, qui reste un acteur de poids au Proche-Orient.
Or, un gouvernement français qui craindrait de mécontenter telle ou telle fraction de la population se retrouverait bien vite paralysé. Ce qui ferait le bonheur d’un Sharon ou d’un Saddam. Signé S.Z.
La Vie - 11/04/2002
17:19 Publié dans Strauss-Kahn | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


